Contes, récits et sornettes

de Michèle Puel Benoit dite "Granette"

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Il avait ramassé sur le bord de la piste, une de ces cartes enneigées qu'il est de tradition d'envoyer pour les fêtes de fin d'année en Europe. Il se pouvait qu'elle ait été perdue par un de ces aventuriers qui se plaisent à sillonner le désert au bord de leurs machines, sans craindre aucunement d'en gâcher la silencieuse beauté. Lui, c'était Omar, enfant d'une des dernières familles nomades à déplacer sa tente berbère au gré des pâturages que les arides montagnes sahariennes voulaient bien lui offrir. Omar était un garçon d'une douzaine d'années, aux cheveux noirs et bouclés, au sourire mélancolique et dont le visage triangulaire était dévoré par des yeux couleur d'encre qu'un trait de khôl soulignait.

Depuis bientôt deux ans lui était échu la garde et le soin du troupeau de chèvres de son oncle : Omar, qui n'avait jamais connu sa mère, avait été recueilli par ce dernier, après le décès de son père. Son oncle était un homme exigeant que la fréquentation du désert avait endurci. La seule personne à manifester une réelle affection à l'enfant était Zoubeida, sa grand-mère maternelle. Aussi, était-ce tout naturellement à elle qu'il avait décidé de faire-part de sa trouvaille.

 

Lallah Zoubeida, c'était ainsi que tout le monde l'appelait respectueusement, vivait avec ses servantes sous une tente à l'écart des autres. C'était une femme âgée et révérée parce qu'elle était la gardienne des traditions et de la mémoire de la tribu. Cette charge se transmettait depuis toujours dans la famille de mère en fille.

Imposante dans ses voiles sombres que maintenaient des fibules ornées d'ambre, elle arborait majestueusement un pectoral de pièces d'argent et un tel nombre de bracelets de même matière grimpait à l'assaut de ses bras que le moindre de ses gestes s'accompagnait de délicieux cliquetis. Sa face présentant sur le front, ainsi que sur le menton les tatouages bleus symboliques des femmes berbères, s'illumina d'un sourire dès qu'elle entendit la voix de son petit-fils. Quand il pénétra sous la tente, l'enfant, comme à chaque fois fut saisi par la sérénité qui émanait du lieu.

 
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© Michèle Puel Benoît, Montpellier le 18 Février 1999

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