Contes, récits et sornettes

de Michèle Puel Benoit dite "Granette"

  • bientôt en service :

De leur voyage en terre papale les cloches de l'église avaient, cette année là, rapporté à l'enfant, une petite poule blanche en tôle peinte et qui, lorsqu'on en remontait le mécanisme avait le pouvoir, au cours d'une promenade saccadée qu'interrompaient régulièrement les arrêts nécessaires à la ponte, de vous gratifier d'une kyrielle d'œufs blancs. Cela se passait il y a fort longtemps, du temps où les cloches partaient réellement à Rome le jeudi Saint pour en revenir, ointes, bénites, et sonnant à la volée le jour de Pâques. Cette fois là, la semaine qui avait précédé ce grand jour de liesse, avait été la plus longue et la plus occupée de l'année. Elle faisait suite à celle de la grande lessive des draps que les nuits de Mars ont la particularité de blanchir. Aussi, en avait- on profité pour laver un jour de grand soleil ceux qu'on avait laissé s'entasser pendant l'hiver ; et l'enfant avait participé à sa façon , en attisant le feu sous la lessiveuse chuintante, ou en râpant des copeaux de savon pour préparer le lessif dans lequel tremperait le linge. Puis, après les Rameaux, grand-mère Félicie s'était attaquée au nettoyage minutieux de la maison ; car il fallait que pour Pâques tout reluise comme un sou neuf !

 

Et là aussi Colette avait aidé. Elle avait brossé les meubles sculptés en prenant soin de pénétrer chaque sinuosité, pour que nul endroit n'échappe à la cire fleurant le miel. Alors, mamé Félicie, pour la récompenser, lui avait promis que les cloches lui rapporteraient de Rome un cadeau !
Ce furent les voix, multiples et joyeuses, des voyageuses célébrant à pleine voix le lumineux dimanche de Pâques, qui avaient éveillé la petite fille ; elle s'était alors précipitée dans la cuisine, et là, sur le buffet luisant de cire parfumée, elle avait découvert la poule et sa prolifique ponte .
Entre les dévotions de la grand-messe, le repas, et les vêpres, l'attente lui avait paru interminable, du moment où elle pourrait enfin s'amuser à sa guise de son nouveau jouet. Mais ça y était, elle était bien là, occupée à emplir la poule de ses œufs, à remonter le mécanisme avec la clé et à attendre avec un intérêt toujours renouvelé la miraculeuse ponte.
Elle en était à la dixième ponte, quand la poule, après avoir marqué un temps d'arrêt, déposa devant ses yeux ébahis.

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© Michèle Puel Benoît, 2000 >2

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