Contes, récits et sornettes

de Michèle Puel Benoit dite "Granette"

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A Bouzigues i aviá la secada 1
A Bouzigues donc, se faisait ressentir, depuis quelques mois, une terrible sécheresse, et ce, au grand désespoir de ses habitants. Ces derniers, lorsqu'ils étaient travailleurs de la terre, voyaient se flétrir les feuilles des vignes et se dessécher un raisin pas encore épanoui, tandis que les champs le blé devenaient chaume et la luzerne paillasson. Pour les travailleurs de l'étang, c'était l'arrivée de la malaiga* qu'ils redoutaient le plus, avec pour conséquence l'asphyxie du poisson, quand les graus* étaient ensablés, et plus grave encore celle des huîtres de leurs parcs, dont la renommée n'est plus à faire. Les ménagères, quant à elles, passaient des heures à la fontaine pour y remplir un malheureux seau.

La chaleur était écrasante : on était à la fin août et depuis le mois de mai on n'avait pas vu la moindre goutte d'eau. Ajoutez à cela un vent du nord fou, a decoetar los ases à faire tomber la queue des ânes, qui desséchait tout sur son passage, quand il n'allumait pas d'incendies.

L'eau, la pluie, l'orage, étaient de toutes les conversations, à la fontaine, à la maison, au bistrot - tout juste si l'on osait y troubler le pastis tant il fallait économiser le précieux et vital liquide !
- Malaüros, me lo negas pas, qu'i pas gaire d'aiga al grifol ! 2
Et ce ciel qui était implacablement bleu !
Je ne vous parle pas des séances du conseil municipal, l'opposition rendant responsable l'équipe municipale en place, de tous ces maux.
Si on avait capté la bonne source... si on avait dragué le grau... si on n'avait pas voté pour des rouges.... Ah du temps de monsieur le marquis de Bouzigues… Et gnagnagna, et gnagnagna, et gnagnagna !
Alors devant tant de grogne, ne restait plus qu'une seule ressource : faire appel à la providence, entendez par là, faire appel à la bienveillance divine, tout au moins à celle de ses saints, ou de leur intermédiaire, à savoir, monsieur le curé. Aussi, quelle ne fut pas la surprise de ce dernier, lorsqu'il vit arriver un soir, à sa cure, ceint de son écharpe, monsieur le maire, un rouge, dont tout le monde savait qu'il était plus familier du bistrot que de l'église.
- Té, Ernest! Quel bon vent t'amène ? Je te croyais mort.
- Aristide, tu crois que c'est le moment de plaisanter !
- Oh pardon ! Je voulais dire qu'y a t il pour ton service ?
- Monsieur Le curé, c'est monsieur le maire qui vient vous voir au nom de ses concitoyens.

 

- Pardonnez-moi monsieur le maire, je n'avais pas vu que vous aviez mis l'écharpe, permettez alors que je mette ma barrette.
- Faites, faites.
Alors le prêtre joignant les mains : que me veut l'honneur de cette visite mon fils ? Et bien voilà : vous n'êtes pas sans savoir que nous sommes dans une grande période de sécheresse.
Mmm !
Et que tout le monde en pâtit ; alors...
- Alors ?
- Alors je viens vous demander solennellement, monsieur le curé, et au nom de mes concitoyens, d'intercéder auprès de votre bon Dieu.
- Qui est aussi le tien Ernest, même si tu as tendance à l'oublier..
- Je dis bien auprès de votre bon Dieu ou de ses saints afin qu'il fasse pleuvoir. - Rien que ça !
- Les femmes du village disent qu'il y a longtemps qu'on n'a pas prié saint Jean qui, assurent-elles, aurait fait venir la pluie tant attendue lors de la fameuse sécheresse du début du siècle, et que... - Et pour cause mon pauvre, il n'a plus de statue dans sa chapelle à l'église, elle a été brisée lors des bombardements de la dernière guerre, et n'a jamais été remplacée : la cure est bien trop pauvre, et mes ouailles trop regardantes à leur porte monnaie.
- Alors se serait fichu  parce qu'on ne pourrait pas prier sans statue ?
- Je n'ai pas dit cela, la prière, bien entendu, n'a pas besoin d'idole. … Puis d'un air matois : Remarque que...si la municipalité voulait bien offrir à son église une nouvelle statue de Saint Jean, c'est lui notre saint patron, je ne doute pas que la prière serait beaucoup plus efficace.
- Et il la faudrait pour quand cette statue ?
- Dimanche prochain.
- Si tôt ?
- Faut savoir ce que vous voulez !
- Bon ! Et où je peux la trouver  cette statue ?
- Ça, j'en fait mon affaire, j'expédierai le bedeau à Montpellier la chercher.
- Alors c'est d'accord. Je te donnerai l'argent mais tu inscriras sur son socle : offert par le conseil municipal... et le maire Ernest...en 19....
- D'accord. Puis, faisant le geste de bénir : allez en paix mon fils.
- N'en fais pas trop tout de même Aristide ! Soi pas vengut perque te fotes de ieu ! 3

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© Michèle Puel Benoît,
Soulagets 28 février 2012

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