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de Michèle Puel Benoit dite "Granette"

  • L'herbe qui rendit les femmes muettes

  • suite 2

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Il était une fois, il y a de cela bien des années, un village reculé de la campagne où toutes les femmes étaient muettes. Oui, vous avez bien entendu, toutes les femmes y étaient muettes : qu'elles soient grands-mères, mères ou filles, nulle n'ouvrait la bouche ou ne prenait la parole pour exprimer quoi que ce fût ; et durant la journée, lorsque les hommes étaient aux champs, le village était curieusement emprisonné dans une chape de silence, au point que pendant très longtemps il était resté ignoré du reste du monde.

Il n'en avait pas toujours été ainsi : Barjacas avait été autrefois un hameau plein de vie, où, dès le lever du soleil, la place, les rues, le lavoir résonnaient du babil incessant des ménagères ; il n'était jusqu'à l'église où Monsieur le Curé lui même n'arrivait à obtenir le silence.
Car, par malheur, dans ce village, les femmes naissaient naturellement bavardes : dès qu'elles venaient au monde elles émettaient un flot de paroles qui ne tarissait plus de toute leur vie ; à peine si la nuit apaisait leur bavardage, car beaucoup parlaient en dormant ! Et les hommes, dans tout cela, me direz vous ?

Ils s'étaient par force habitués à ce bruissement incessant, et avaient même fini par en tirer parti, car ils n'étaient jamais contraints de raconter par le menu détail ce qu'ils avaient fait de la journée, et pouvaient se contenter d'émettre de simples interjections, comme : « Oh !…. Ah !… Bon !… Vrai ?… Aie !… » laissant croire à leurs épouses qu'ils les avaient religieusement écoutées ; de plus, leurs occupations les appelant à travailler hors du village la plupart du temps, ils se rassasiaient du langage silencieux de la nature dans laquelle ils trouvaient compréhension et paix.
Et pourtant il advint un jour où tout fut changé.

 

 

 

Ils s'étaient par force habitués à ce bruissement incessant, et avaient même fini par en tirer parti, car ils n'étaient jamais contraints de raconter par le menu détail ce qu'ils avaient fait de la journée, et pouvaient se contenter d'émettre de simples interjections, comme : « Oh !…. Ah !… Bon !… Vrai ?… Aie !… » laissant croire à leurs épouses qu'ils les avaient religieusement écoutées ; de plus, leurs occupations les appelant à travailler hors du village la plupart du temps, ils se rassasiaient du langage silencieux de la nature dans laquelle ils trouvaient compréhension et paix.
Et pourtant il advint un jour où tout fut changé.

Tout avait commencé lorsque le moulin de la rivière s'était brusquement arrêté de marcher. Etait-ce que le mécanisme s'était grippé, ou que l'eau de la résurgence, après une grande période de sécheresse, n'eût plus apporté le débit nécessaire pour actionner les meules, mais le moulin, un beau matin avait cessé de broyer le grain.

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© Michèle Puel Benoît 1999 >2

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