Contes, récits et sornettes

de Michèle Puel Benoit dite "Granette"

  • bientôt en service :

Lorsqu'il n'y eut plus dans le hameau que des estivants ornant chemins et devants de portes de fleurs dont l'entretien, grâce à la toute nouvelle adduction d'eau, n'avait plus de connotation sacrilège, les poules, compagnes habituelles de l'environnement rural, furent proscrites. Leurs déjections de même que leur voracité les rendirent interdites de séjour, sans parler du chant par trop matinal de leur seigneur et maître, que plus personne ne voulait entendre.
Les chemins aseptisés, et bientôt goudronnés, auxquels l'éclairage public avait ôté une partie de leur mystère, gagnèrent l'appellation de rues, et l'ombre rafraîchissante du grand tilleul devint la confidente des propos échangés les après midi d'été.

Seuls, les moutons et leurs sonnailles aigrelettes eurent, durant la belle saison, droit de cité, et encore, de l'autre côté de la route.
Le hameau, devenu ainsi village, par l'apport de la civilisation, se vit doté, en sus, d'une cabine téléphonique, et puis peu à peu de téléphones privés.
L'éclairage public, quant à lui, allongea sa fonction dans la durée : initialement prévu pour ne fonctionner que la première partie de la nuit, il en vint à jouer pour toutes les heures nocturnes son rôle de pourchasseur d'obscurité. Et si quelques habitants se sentirent privés de la contemplation de la voûte céleste fourmillant d'étoiles, le village y prit une allure de carte postale qui restituait à ses vieilles pierres ocrées leur plus bel effet.

 

Cette avancée du modernisme eut pour résultat de voir s'instaurer une réoccupation permanente de certaines maisons, tandis que d'autres se préparaient à accueillir leurs futurs résidents.
Toutefois, chaque fois que l'homme décide de s'enraciner quelque part, et notamment dans le monde rural, il recourt d'instinct aux pratiques ancestrales de culture et d'élevage.
Les nouveaux habitants donc, s'employèrent à "faire venir", selon l'expression consacrée, un jardin, et celui de Raymonde, grâce aux soins méticuleux qu'elle lui prodiguait, "vint" bien. Cependant, il ne satisfit plus bientôt, à lui seul, ses aspirations paysannes. Aussi vit-on un jour un enclos grillagé s'installer en bout de terrain, bientôt suivi d'une cabane. Puis un matin, elles furent là, toutes cinq, rousses et caquetantes. Les poules étaient revenues !
Leur installation se fit en douceur et de façon très discrète, il n'empêche que le village y gagna en authenticité, et que les heures claires de la matinée furent désormais rythmées du chant triomphal des pondeuses. Bientôt, tout le hameau participa à leur bien être : on apporta chez Raymonde les feuilles de salades peu tendres ou trop vertes, et cela surtout l'été, quand l'herbe des prés se fait chaume ; on mit de côté, à leur intention, les écorces de melon et leurs graines, ainsi que les restes de pain rassis ; très vite, les nouvelles arrivantes sentirent qu'elles étaient acceptées.
Mais, quand quelqu'un parla d'offrir un galant à ces belles, les craintes se réveillèrent.

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© Michèle Puel Benoît, 18 mars 2000

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